Les remèdes à la mélancolie de France Inter ne marchent pas sur moi

Chaque jour, je rêve d’une vie plus enthousiasmante que celle dont je dispose. J’ignore si l’amertume que je ressens est la juste expression d’une  réalité, ou si elle résulte d’un défaut de perception, peut-être lié à un conditionnement urbain et bourgeois particulièrement destructeur. A moins que seule mon immaturité ne me condamne à l’insatisfaction.

Je suis perdue dans l’urgence d’atteindre une sorte de superficialité parfaite, alors même que j’ai toujours dédaigné le matériel. Aujourd’hui, pourtant, l’esthétique pure des choses pratiques, adaptées, à leur juste place, m’obsède. Le soin apporté à sa propre image et la discipline qu’exige la tenue d’un intérieur m’apparaissent comme les fondements essentiels du respect de soi et des autres. Surprenant ! D’autant plus qu’il me semble que je suis hors-course par essence ; comme si les moyens pratiques, le savoir-vivre, la bonté de cœur et l’élégance me faisaient fatalement défaut. La frustration est à la hauteur du piètre jugement que je porte sur moi-même.

Ma fille, qui n’a pas encore un an, et ma mamie, qui a attendu les premiers matins de 2017 pour tirer sa révérence, viennent me rappeler que le temps nous pousse à une vitesse folle vers la mort et la vacuité du néant. Et ce, quoi que l’on ait été, et quoi que l’on ait fait. Dès lors, seul reste le style. Puisque tout est vain, autant travailler, dans la rigueur et la difficulté qu’impose l’apprentissage, à la beauté du geste.

Quoique.

Déjà, je me reprends. L’essentiel doit évidemment être ailleurs. Peut-être dans le plaisir personnel : le bonheur de la tâche accomplie, ou du temps partagé avec les bonnes personnes. J’aime l’élan créatif qui me fait sortir du temps (je vivrais heureuse avec une guitare et un flux d’inspiration), la stimulation qu’on a au contact des professeurs, des patrons, des écrivains, des politiques, des aventuriers. J’aime ces instants où l’on vibre, ces secondes passées à la chasse en Afrique avec mon père, en concours hippique avec ma mère avant que la cloche ne sonne le début du parcours, en pleine mer avec le père de ma fille, et, au bout de la canne-à-pêche, la première touche de la journée… Prendre soin de soi, se rendre heureux, serait-ce la base pour enjoliver la marche du monde ?

A moins que le bonheur soit moins dans l’action – qui nous extrait de la réalité – que dans l’amour – qui, au contraire, nous y ancre davantage puisqu’il nous fait souffrir par la séparation. Mais avouez qu’aimer avec suffisamment de sincérité est un moyen que l’on a pour se sortir de soi et de son sort. Je  sacrifierais volontiers mon bonheur pour assurer celui de ma fille. Serait-ce la rendre heureuse ? Fatalement, non.

C’est peut-être la perspective de ma modeste carrière professionnelle qui alimente l’essentiel des mes désillusions. Ce que j’ai, c’est une sorte de soif permanente de défis professionnels,  d’apprentissage culturel, de partage social, de fête désinhibée, de projets créatifs, de courage, de lucidité, de fraternité.

Je meurs de soif, en fait. Toute égocentrée que je suis.

Mais je ne fais rien pour que ça bouge. Je me raccroche alors à la superficialité, travaillant à cette vie de maman parfaite qui s’occupe bien de sa petite, part au ski quand il faut partir au ski, et à la plage quand il faut partir à la plage. Linge et ménage le samedi matin, et running au parc le dimanche.

Vous : comment vous faites ? Quelles sont vos sources d’apaisement ? Je précise que les remèdes à la mélancolie distillés sur Inter le dimanche matin ne marchent pas sur moi.

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