• Flexi-quoi ?

    Connaissez-vous les flexitariens ? J’en ai rencontré un récemment. Il est même venu dîner chez moi ! Comme à chaque fois, et parce que mon mari travaille dans la viande et apprécie la cuisiner, je me suis assurée, au moment de l’inviter, s’il en mangeait. Au bout du fil, mon ami me rassure : « Tu sais, Fleur, je suis flexitarien. Il n’y a donc aucun problème ! » J’embrayai alors, amusée : « Ouais, tu es végétarien quand cela t’arrange, quoi…  »

    Le flexitarisme se définit donc comme un « mouvement porté par les défenseurs d’un mode de vie healthy et responsable, et qui désigne les personnes végétariennes à temps partiel qui savent parfois se faire plaisir avec des aliments d’origine animale. » Même s’il est dérangeant de considérer qu’on « se fait plaisir » avec de la viande et qu’on s’ennuie, de fait, avec les fruits et légumes, l’idée est particulièrement puissante dans ce qu’elle a de raisonné et d’ouvert : pas de prosélytisme, ni de radicalité. Juste l’envie de raisonner son alimentation dans le cadre très global d’une réflexion intellectuelle qui tente de répondre à diverses préoccupations éthiques et environnementales. L’envie, aussi, de végétaliser son assiette, et d’équilibrer au maximum ce qu’on met dedans pour sa santé.

    Bref , celui qui promeut et consomme des fruits et des légumes, c’est lui : le flexitarien, quand le végétalien se nourrit de graines germées et le végétarien de lait de soja (je caricature).  Le flexitarien accompagne la marche du monde avec un peu de recul intellectuel et une vraie implication pratique. Le flexitarien, il ne fait pas 100 % de ses courses en bio. Le flexitarien votera sans doute pour Emmanuel Macron le 23 avril prochain. On peut lui reprocher de n’être ni un passionné de végétaux ni un fervent amateur de viande. Une sorte de « ni-ni » désabusé qui ne fera pas changer le monde… Je me garderais bien de le juger : j’ai toujours eu un faible pour ceux qui savent tracer cette route médiane et raisonnée qui fait fi des approches rigides et des nostalgies stériles.

  • Crise agricole : nous sommes tous des fossoyeurs

    On jette beaucoup l’opprobre, ces temps-ci, sur certains médias grand public. Et on a tout à fait raison de le faire : chiffres bidons, intox, parti pris et mise en lumière systématique des trains qui arrivent en retard, au travers d’un prisme à la subjectivité qui agace… Mais c’est oublier un peu vite que le citoyen, devant son écran, est a priori doté de suffisamment de bon sens pour déceler les dualismes abusifs, voire de s’en méfier comme de la peste.

    Alors pourquoi s’acharne-t-il, ce bon citoyen, à tomber dans les pièges qu’on lui tend avec de la grosse ficelle de botte ? C’est comme s’il n’attendait qu’une chose : qu’on lui donne du faux, du facile, du trompeur, de l’alarmiste ; en mélangeant il obtient une bouillie un peu nauséabonde et très caricaturale ; et il se vautre dedans. C’est incroyable, cette propension qu’on a tous à s’exaspérer sur les saisons disparues et les complots des puissants.

    Le vrai problème, en fait, c’est que le citoyen en a oublié d’aimer et de respecter son agriculteur. La géographe Sylvie Brunel s’en émouvait d’ailleurs, un matin de février, dans une tribune du Monde : « La façon dont la France ignore la souffrance de ses campagnes reste une douloureuse énigme. »

    Parce que le fossé s’est creusé. Qui l’a creusé ? Un peu tout le monde, un peu plein de choses : le productivisme d’après-guerre, l’urbanisation massive, la déconnexion des terroirs, les producteurs qui ne communiquent pas, l’hypocrisie de certains modèles caricaturaux, et puis, surtout, l’oubli total et absolu de ces époques où l’on manquait de nourriture – voire mourait d’intoxication alimentaire ! Alors nul besoin de partir à la recherche d’un fossoyeur perdu, car nous sommes tous, à notre niveau, responsables de la crise agricole. Nous sommes tous les fossoyeurs de ce modèle où le producteur, aimé et respecté par le consommateur, vivait décemment de sa production…

    Un peu de patience, cela dit. Il est probable que les français finissent également par se rappeler que le paysan, en plus de nourrir, façonne notre campagne et en maintient le tissu économique. Sans paysan, la ruralité s’apparente à une immense friche déserte et bien peu amène.