Le gros point noir, dans mon boulot de journaliste, c’est définitivement le caractère décentralisé de la rédaction. Une rédaction décentralisée, c’est un peu triste. Tu n’as pas vraiment de collègues. « Tes collègues, c’est tes contacts ! », m’explique ma chef. La salle de rédaction est virtuelle et s’appelle la SRV. Les validations de BàT se font par e-mail. Les conférences de rédac’ par téléphone. (Les pauses clopes et pauses café aussi.)
Mais malgré ça, on arrive quand même à se faire des copains. Avec mon responsable multimédia, qui est photographe et vidéaste, on apprécie beaucoup de travailler ensemble, et on a développé des projets qui nous incitent à partir sur le terrain en binôme.
De : Laurent ; à : Fleur
Fleur, je me suis dit récemment que si on se voyait pour un reportage à l’avenir, je te proposerais de te filmer sur une chanson un peu off de ton répertoire (en anglais, mélancolique, lente et acoustique) sur le toit d’un grand immeuble à la tombée de la nuit. Qu’est-ce-que tu en penses ?
De: Fleur ; à : Laurent
Hahahahaha ! Bonne idée ! Mais va plutôt filmer Lou Doillon, alors 🙂
De : Laurent ; à : Fleur
Mon amour pour elle, c’ est du passé, tu sais bien… Place aux jeunes !
De: Fleur ; à : Laurent
Mais tu veux filmer de moi tout ce que je ne suis pas !
De : Laurent ; à : Fleur
Tu pourrais me faire une cover de Lou Doillon, une sorte de « clin d’œil d’une non-fan »…
De: Fleur ; à : Laurent
Non mais je l’aime bien en plus Lou Douillon ! Je ne suis pas une non-fan ! J’aime bien sa musique, même si je ne fais pas pareil… On aimerait parfois faire des trucs, et puis ce qui sort, c’est ce qui sort…
De : Laurent ; à : Fleur
Ouais, excuse-moi… J’ai le défaut du photographe. Il choisit son modèle et projette sur lui ses idées et ses fantasmes…
C’est, ceci dit, le défaut de beaucoup de monde… Mon pote Hugo me verrait bien faire du rock, troquant ma Taylor électroacoustique contre une stratocaster, et mes escarpins à strass contre des Docs délacées. Il se moque de moi quand je parle de mon projet, il dit « THE PROJECT », en majuscule, et regrette le temps où on allait voir des concerts de rock ensemble. Mon frère me rêve side-cutée en train de mixer un set électro dans une cave aménagée façon cale de bateau. On me demande souvent pourquoi je ne chante pas en anglais. « Moi, la chanson française, je kiffe bof, ça sonne pas. Ça tourne très vite variétoche. Ça me fait pas rêver, quoi. Enfin, à écouter, ça va encore, mais de là à me déplacer voir un concert… Pourquoi tu chantes pas en anglais, d’ailleurs ? »
Moi, si je chantais en anglais, j’aimerais carrément être Christine and the queens. Ou Joe Bel. Une fois y’a même un mec qui m’a quittée parce qu’il trouvait ça over naze que je veuille toujours être quelqu’un d’autre (entre autres).

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