Le corbeau, le renard et la contemporanéité

Depuis une petite dizaine de jours, quatre extraits de mon album transitent via les impénétrables voies du web. Je me suis concentrée dans un premier temps sur les professionnels avec qui j’avais déjà eu l’occasion d’établir un petit contact. Boîtes de production, bureaux de presse, directeurs artistiques, programmateurs : j’ai frappé un peu à toutes les portes, sans de grands espoirs ni de grande politesse, mais la conviction – tout de même – chevillée au corps.

Le mail, déjà, c’est pas évident. Tu sais que ça peut se recevoir et se lire dans la minute. Alors quand il y a un petit silence derrière, surtout quand il finit par s’éterniser – l’éternité pour moi durant  24 heures -,  tu perçois direct l’agression, l’attaque personnelle, le désintérêt, voire le léger manque de respect. Mais PIRE ENCORE que le mail, il y a le message Facebook : envoyé à 11h51, lu à 15h32 (mais le 15h32 de y’a trois jours). Et toujours pas de réponse. Je suis tellement parano que je me dis même que certains font exprès de pas l’ouvrir pour faire genre ils l’ont pas lu. Genre j’ai confiance en personne ni même en mon propre enfant (que je n’ai d’ailleurs pas encore eu l’occasion de faire).

Après y’a les réponses Ctrl C / Ctrl V. Comme j’ai commencé à démarcher fin août, j’ai eu des mails genre: « J’ai écouté et je trouve ça pas mal, mais c’est ma rentrée et j’ai trop de boulot pour m’y pencher vraiment. Désolée et bon courage... »

J’imagine alors la demi-douzaine de réponses automatiquement générées par Outlook en fonction de la période de l’année et de la température extérieure :

  1. J’ai écouté et je trouve ça pas mal, mais c’est la Toussaint et j’ai trop de boulot pour m’y pencher vraiment. Désolée et bon courage.
  2. J’ai écouté et je trouve ça pas mal, mais c’est Noël et j’ai trop de boulot pour m’y pencher vraiment. Désolée et bon courage.
  3. J’ai écouté et je trouve ça pas mal, mais c’est les vacances de février et j’ai trop de boulot pour m’y pencher vraiment. Désolée et bon courage.
  4. J’ai écouté et je trouve ça pas mal, mais c’est la Saint-Valentin… et j’ai un mec, moi, connasse !

Il y a aussi les réponses avec une excuse bizarre que tu prends super positivement au début et passablement mal à la trentième relecture :  « Tes morceaux sont très chouettes. Surtout Chewing-Gum et Le temps passe pas. Très bien écrit, dans la veine de Pauline Croze et d’Anaïs. Félicitations  ! Surtout qu’il est très dur de faire tout ça en autoprod. La production mériterait cependant un peu plus de contemporanéïté ». J’ai regardé, le mot n’existe pas dans le dictionnaire. Mais j’aurais aimé que mon album sonne 2013. Que je ne me sois pas fait un side-cut pour rien, merde.

Bref, c’est dur de démarcher. Déjà quand tu proposes ta prestation et que tu demandes 150 euros net en plus du défraiement t’as l’impression d’œuvrer dans le télémarketing. La dernière fois j’ai carrément pris l’accent ukrainien pour voir si ça marchait mieux… Mais alors là c’est puissance 10. J’ai l’impression d’être à genoux. De quémander 3 minutes d’attention. « Ooooh toi tu es bien belle, tu n’as pas deux euros ? »

Je devrais faire ça. D’abord un compliment sur le physique et bam, je balance mon lien Soundcloud privé. La Fontaine n’a certainement pas écrit le Corbeau et le renard pour rien…

Commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.