Reportage texte + photos || Domaine de la Ferme Saint-Martin || Suzette, 84 || 2012
Très engagé dans la promotion des vins naturels, la stimulation des sens et le respect du vivant, Thomas Jullien valorise en bio ses 25 hectares de vignes adossées aux dentelles de Montmirail (Suzette, 84). Il s’est formé à la vinification en partant, seul et dans son camion, à la rencontre de différents vignerons français.
« Je pense avoir gagné dix ans d’expérience en réalisant ce compagnonnage ! », lance Thomas Jullien, qui est parti pendant un an découvrir les différentes appellations du vignoble biologique français. « Je restais chez les vignerons deux heures, le temps díune dÈgustation, ou trois jours, le temps díune vinification. Je m’intéressais aux vinifications sans soufre, aux levures naturelles. » Il y a une diversité de savoir-faire, en France, que Thomas a voulu faire sienne – ou, en tout cas, appréhender.
« Mon père est quelqu’un de très ouvert ! »
« Tout ça, c’est un peu grâce à mon père, qui est quelqu’un de très ouvert. Aujourd’hui, il me laisse faire, aussi bien dans les vignes qu’à la cave. Il se concentre davantage sur les aspects administratifs et commerciaux du domaine », explique Thomas, qui s’est donc installé avec son père Guy en septembre 2010. « J’ai alors utilisé les aides à l’installation pour acquérir du foncier et le mettre à disposition de l’EARL », précise-t-il.
Les 25 hectares du domaine de la Ferme Saint-Martin sont conduits en viticulture biologique. « Et certains lots en biodynamie, complète le jeune vigneron, avec le respect du calendrier lunaire et l’utilisation de préparâts qu’on mélange aux rafles des années précédentes « . Thomas considère que les grands vins sont ceux qui laissent à 100 % s’exprimer le terroir et sont donc tous, a fortiori, des vins bios. Sélection massale, travail mécanique du sol, déchaussage des vignes, vendange manuelle, vinification naturelle dans des cuves béton, avec uniquement un peu de sulfites à la mise en bouteille : Thomas cherche à se rapprocher de la vigne. Avec ses deux côtes-du-rhône, ses trois ventoux et ses trois beaumes-de-venise, il présente une gamme complète de 8 vins, dans les trois couleurs, de 6 à 12,80 euros, prix départ caveau. Le domaine produit 100 000 bouteilles par an et propose aussi du bag-in-box.
Un jour, peut-être, une restauration événementielle sur le domaine
Thomas fait partie de trois associations : les Bioventoux – 12 vignerons autour du Mont Ventoux qui organisent des festivals, des dégustations et produisent des outils de communication -, les Toqués des Dentelles – 5 vignerons qui travaillent en bio et se rassemblent sur l’éthique du vin, échangent sur leur savoir-faire – et, enfin, l’association des vins naturels. « C’est une association nationale qui regroupe une quarantaine de vignerons et qui élabore un cahier des charges de la vinification dite naturelle. L’objectif est de nous rassembler et de communiquer sur les vins naturels », explique Thomas Jullien, qui organise également des événements culturels au caveau, auquel trois expos de cinq semaines apportent une autre dimension pendant l’été.
« J’aimerais, un jour, faire un peu de restauration gastronomique et événementielle au caveau. Mais je souhaite par-dessus tout avoir la liberté de me concentrer sur le travail de la vigne, la vinification, et la vente du vin. Ce qui est fabuleux, dans ce métier, c’est qu’après 30 ans d’expérience, on cherche toujours à optimiser sa vinification », conclut Thomas qui cherche à faire des vins « fins et élégants, faciles à boire et pas ennuyeux ». Et qui peut remercier l’hiver 1956, au cours duquel le gel a détruit les vergers de cerises et d’abricots que possédait son grand-père… Ce dernier avait alors tout replanté en vignes, sur un terroir qui allait bientôt devenir du beaumes-de-venise.
« Le vin doit plaire à tout le monde : au restaurateur, au caviste nature, au caviste conventionnel, au passant »
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