• Longtemps, j’ai cru que les idées vivaient seules, détachées de celles et ceux qui les portent, comme flottant dans l’atmosphère et prêtes à être saisies par quiconque voudrait bien tendre la main.

    C’est en tout cas le postulat que défendait Bernard Werber dans un de ces bouquins et, plus jeune, j’avais trouvé ça brillant : il faut dire que cela nous remettait un peu, à notre place ! Homo sapiens passait ainsi de l’inventeur exalté à un – beaucoup plus modeste – cueilleur d’idées. Et puis ça me dédouanait de mes éventuels manques de fulgurances : un petit arrangement plutôt pratique !

    Pourtant, depuis, j’ai changé de fusil d’épaule et je considère désormais volontiers qu’une idée ne peut pas s’exprimer entièrement sans son émetteur : au contraire, elle est façonnée par sa voix, ses convictions, son histoire… et sa part d’ombre ! Le même propos, formulé par deux personnes différentes, peut ne pas signifier la même chose !


    C’est là qu’intervient cette règle d’or géniale, que nous avait apprise le Délégué général de la Fédération des entreprises d’insertion, rompu à l’exercice de la négociation.

    Avant d’écouter ou de lire l’idée ou le propos d’autrui, posez-vous toujours 2 questions :
    ➡ 𝐐𝐮𝐞𝐥 𝐞𝐬𝐭 𝐥’𝐨𝐛𝐣𝐞𝐜𝐭𝐢𝐟 𝐬𝐮𝐩𝐫𝐞̂𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞 ?
    ➡ 𝐀̀ 𝐪𝐮𝐢 𝐫𝐞𝐧𝐝-𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐭𝐞𝐬 ?

    À la lumière de ces éléments, une idée ou un propos se révèlent souvent sous un autre jour ! Perçus uniquement avec notre propre prisme, ils semble clairs. Mais à travers les ressorts de leur émetteur, ils changent de portée, voire même de sens.

    Testez et vous verrez : c’est diablement efficace. Je m’en sers tous les jours !

  • Mon petit village est aussi un grand lac
    Qui demeure niché au versant de l’Epine
    J’y pense souvent, dans ma tête je dessine
    Un clocher, des grands prés, deux arbres et un hamac.

    Cent ans – et même plus. Mon dieu que le temps file !
    Que je n’ai pris la route qui monte chez moi,
    Surplombé la belle eau, humé l’odeur des bois,
    Ce mélange d’écorces et de chlorophylle !

    Quand je prends cette route, je finis souvent
    Sans guère plus de manœuvres, garée en marche avant,
    Dans la cour. Mon père est là, et il balaie.

    Il vient tout juste de soigner les chevaux.
    On s’embrasse, les enfants surtout, et Polo,
    Puis je prends l’escalier et ma mère apparaît.

  • Le jour de l’audience, j’arrivai comme pour un entretien d’embauche : largement en avance. On m’avait convoquée à 14 heures en salle J.

    Alors que je patientais, massée avec les autres, le visage fermé, arborant une tenue formelle qui aurait pu convenir aussi bien à un mariage qu’à un enterrement, on nous informa que les audiences du matin avaient pris du retard : « Les juges ne prennent leur pause que maintenant. L’appel des dossiers est reporté à 14 heures 30 ».

    Nous étions là une quinzaine de dossiers : des procédures collectives, comme moi, mais aussi des audiences qui opposaient l’Urssaf ou la DGFIP à différents acteurs économiques. Après l’appel, qui eut lieu en salle d’audience, le Président nous invita à retourner dans le hall pour y patienter à nouveau : nous serions rappelés individuellement.

    Le hasard fit que je croisai alors un ami, avocat à la cour d’Avignon, qui traversa à grandes enjambées la salle des pas perdus :

    – « Hey, salut Fleur ! Alors ça y est ? C’est la fin ?
    – Eh oui, mon cher. Terminus : tout le monde descend ! ».


    On planifiait avec enthousiasme de se voir bientôt à l’occasion des fêtes d’anniversaire de nos filles aînées, quand la porte s’ouvrit et qu’on appela : « SAS LE BEAU GESTE ! »

    Je pris congé de mon ami et pénétrai dans la salle d’audience.

    Arrivée au pupitre, accueillie avec bienveillance, on me demanda d’expliquer comment j’en étais « arrivée là ».

    Le rouge aux joues, mais capable de m’en tenir aux faits, j’exposais alors, succinctement : un modèle économique fragile, des problématiques de marge et de volume, mais aussi un prix de vente consommateur élevé ; un marché bataillé et exigeant, des contraintes liées à une activité de production très capitalistique, un engagement social fort et des réussites indiscutables mais des moyens d’action limités, des référencements en centrale que j’attendais et qui n’étaient pas arrivés… Et puis un certain nombre d’erreurs dont l’évidence n’est, bien sûr, apparue qu’après coup.

    Les juges écoutaient, attentifs.

    Puis ils firent un point sur le passif : pas ou peu de dettes fournisseurs, ni de salaires en retard. Un peu d’Urssaf, nécessairement, les cotisations étant toujours prélevées le mois d’après. Ils estimèrent que j’avais fait preuve d’une bonne gestion dans la fin d’activité, malgré l’existence de dettes bancaires. À l’actif, des immobilisations et des machines qui seraient revendues.

    Ma demande de mise en liquidation acceptée par les juges, ces derniers m’informèrent que j’allais être contactée par un mandataire judiciaire avec qui on me recommanda de collaborer activement.

    Si je n’avais pas de questions, on pouvait conclure.

    « Il faut des gens qui prennent des risques. On vous souhaite de capitaliser sur cette expérience pour la suite ! Bon courage ! »

    Je sortis de la salle et me pris en photo, comme pour marquer l’instant, devant le Palais de justice.

    On devine, sur le cliché, mon rouge aux joues.

    Photo : 19/03/26

  • Après plusieurs semaines d’attente fébrile, nous avons récupéré notre huile ! Comme je vous l’expliquais dans mon précédent billet consacré à la récolte, nous ne pouvons prétendre, avec notre soixantaine de kilos, à une presse à façon – envisagée à partir de 350 à 400 kilos d’olives au moulin du clos des Jeannons (mais d’autres moulins semblent procéder à des presses particulières pour des plus petites quantités).

    Les olives des petits apporteurs sont donc triturées et pressées en commun. Peu importe le jour d’apport des olives et celui choisi pour venir récupérer son huile : ce sera la même. La seule chose qui varie est le rendement, calculé chaque semaine et pondéré en fonction du jour d’apport. Pour ce qui nous concerne, nous avons bénéficié d’un rendement de 15 % : pour 67, 5 kilos d’olives apportées, nous avons obtenu 10, 13 litres d’huile. Ce rendement n’est pas exceptionnel et s’explique par les fortes pluies début novembre, quand nous avons récolté.

    Le prix payé au moulin correspond à la somme du montant de la trituration (0.47393 € HT le kilo d’olive) et du montant de la cotisation à l’interprofession de l’olive (0.1417 € HT le litre d’huile).

    Le litre nous revient donc, cette année, à 3.29 € HT.

     

     

     

  • Nous avons préparé notre espace potager !

    La face nord de notre maison donne sur un espace très fonctionnel (potager, vieille serre, étendage) mais pas franchement sexy, car très encombré (rôtissoire, tuiles, tôles, tuyaux, dalles de carrelage…) et complètement laissé à l’abandon niveau végétation. Depuis notre installation en juillet dernier, je redoutais le moment où nous allions devoir enclencher une réappropriation de l’espace !

    C’est désormais chose faite puisque nous avons passé l’intégralité de notre weekend à :

    >> libérer et organiser l’espace : déstocker ! ;

    >> nettoyer les abords : débroussailler, tailler les ronces, ratisser les débris végétaux ;

    >> préparer notre potager pour l’hiver : retirer les tuteurs et les résidus des anciennes cultures, désherber, précéder à une aération du sol à la bêche, incorporer du terreau et recouvrir le tout de fin copeaux de bois, même si j’ai failli niveau quantités (idée : créer un paillis pour ne pas laisser le sol nu cet hiver.)

    Paul-Eric a même procédé à un renforcement du rebord de l’espace potager – qui est légèrement surélevé par rapport au niveau du sol – en doublant la tuile ondulée disposée par les anciens propriétaires par une barrière de bois.

    Ces premiers travaux furent l’occasion d’un premier contact avec la terre, d’excellente qualité ; le sol semble parfaitement équilibré, même s’il regorge de pierres que nous avons tenté de neutraliser au maximum.

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    Bon débarras !

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    C’est plus propre ! Parés pour l’hiver !

  • Notre première récolte d’olives !

    La récolte des olives de notre jardin a constitué pour moi, dès l’emménagement dans notre nouvelle maison, une sorte de point d’orgue fantasmé ; une tradition annuelle à construire en famille ; une occasion de me connecter à un terroir et de vivre – enfin ! – la Provence.

    Nous ignorions à peu près tout des usages en la matière, de la date optimale de récolte à la variété de nos oliviers. Nous nous sommes alors rendus, un week-end du mois d’octobre, au Moulin du Clos des Jeannons, impatients et curieux d’obtenir un premier niveau d’informations sur la marche à suivre. Forts de notre trentaine d’oliviers, nous étions devenus, par l’achat de notre maison, de véritables producteurs ;  modestes, certes, mais des producteurs quand même. A l’image d’oléiculteurs professionnels, nous étions des apporteurs du moulin.

    Nous apprîmes que le moulin ouvrait ses portes pour la trituration le lundi 5 novembre. Il nous fut vivement déconseillé d’apporter nos olives durant les premiers jours d’ouverture, pris d’assaut par un nombre important de personnes redoutant une chute prématurée des fruits alors en pleine véraison. On nous expliqua également que nous devions déposer nos olives au maximum 48 heures après la cueillette.

    J’ai commencé à ramasser les olives (des aglandau) le samedi 3 novembre, dans l’après-midi, alors que Paul-Eric, fiévreux, était alité pour la journée. J’ai dégoté un escabeau dans le garage et ai entrepris une cueillette manuelle sans grande conviction, aidée par Avril. Nous avions pourtant évoqué l’idée d’acheter un filet de récolte et des peignes afin de nous y mettre vraiment… mais soit. Paul-Eric nous a rejoint le lendemain, actif sur les cimes, moi, enceinte de 6 mois, délaissant l’escabeau et ramassant le bas de la couronne des arbres. J’avoue que Paul-Eric a su, par la suite, s’atteler à la tâche avec ardeur et constance, pour aboutir à plus d’une vingtaine d’heures de cueillette manuelle !

    Nous sommes arrivés au moulin avec deux cabas de course et une caisse en plastique. On nous demanda alors de déverser l’ensemble de notre récolte dans un palox déjà bien rempli, pour la pesée. Verdict : 63, 5 kilos. Avec cette quantité relativement réduite, impossible de bénéficier d’une presse à façon. Mais le plaisir est là !

    Le début de la redistribution de l’huile est fixé au 12 décembre. Nous ignorons encore à combien de litres nous attendre. A suivre !

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  • Et voici la captation des Loustics !

    Quel doux souvenir que ce dimanche après-midi de septembre en compagnie des Loustics ! Découvrez la vidéo de « Mademoiselle ». MERCI JULIEN, FAHED & THOMAS ❤ Je regrette un peu d’avoir choisi ma guitare bleue… un caprice esthétique dont j’ignore s’il justifie la piètre qualité sonore de l’instrument…

  • Et puis il y aura l’assurance
    Pour l’heure elle joue au funambule
    Le fil est tendu dans sa bulle
    Et la voilà déjà qui danse

    Oh ! son adorable figure
    A tant changé. C’est ce sourire
    Qu’on ne lui avait jamais vu
    Est-ce donc le sien que ce sourire ?

    Il en faudra faire des efforts
    Pour que les jambes portent le corps
    Il en faudra de la patience

    Et puis il y aura les bobos
    Les larmes, tombée de l’escabeau
    Et puis il y aura l’assurance

  • Flexi-quoi ?

    Connaissez-vous les flexitariens ? J’en ai rencontré un récemment. Il est même venu dîner chez moi ! Comme à chaque fois, et parce que mon mari travaille dans la viande et apprécie la cuisiner, je me suis assurée, au moment de l’inviter, s’il en mangeait. Au bout du fil, mon ami me rassure : « Tu sais, Fleur, je suis flexitarien. Il n’y a donc aucun problème ! » J’embrayai alors, amusée : « Ouais, tu es végétarien quand cela t’arrange, quoi…  »

    Le flexitarisme se définit donc comme un « mouvement porté par les défenseurs d’un mode de vie healthy et responsable, et qui désigne les personnes végétariennes à temps partiel qui savent parfois se faire plaisir avec des aliments d’origine animale. » Même s’il est dérangeant de considérer qu’on « se fait plaisir » avec de la viande et qu’on s’ennuie, de fait, avec les fruits et légumes, l’idée est particulièrement puissante dans ce qu’elle a de raisonné et d’ouvert : pas de prosélytisme, ni de radicalité. Juste l’envie de raisonner son alimentation dans le cadre très global d’une réflexion intellectuelle qui tente de répondre à diverses préoccupations éthiques et environnementales. L’envie, aussi, de végétaliser son assiette, et d’équilibrer au maximum ce qu’on met dedans pour sa santé.

    Bref , celui qui promeut et consomme des fruits et des légumes, c’est lui : le flexitarien, quand le végétalien se nourrit de graines germées et le végétarien de lait de soja (je caricature).  Le flexitarien accompagne la marche du monde avec un peu de recul intellectuel et une vraie implication pratique. Le flexitarien, il ne fait pas 100 % de ses courses en bio. Le flexitarien votera sans doute pour Emmanuel Macron le 23 avril prochain. On peut lui reprocher de n’être ni un passionné de végétaux ni un fervent amateur de viande. Une sorte de « ni-ni » désabusé qui ne fera pas changer le monde… Je me garderais bien de le juger : j’ai toujours eu un faible pour ceux qui savent tracer cette route médiane et raisonnée qui fait fi des approches rigides et des nostalgies stériles.

  • Chaque jour, je rêve d’une vie plus enthousiasmante que celle dont je dispose. J’ignore si l’amertume que je ressens est la juste expression d’une  réalité, ou si elle résulte d’un défaut de perception, peut-être lié à un conditionnement urbain et bourgeois particulièrement destructeur. A moins que seule mon immaturité ne me condamne à l’insatisfaction.

    Je suis perdue dans l’urgence d’atteindre une sorte de superficialité parfaite, alors même que j’ai toujours dédaigné le matériel. Aujourd’hui, pourtant, l’esthétique pure des choses pratiques, adaptées, à leur juste place, m’obsède. Le soin apporté à sa propre image et la discipline qu’exige la tenue d’un intérieur m’apparaissent comme les fondements essentiels du respect de soi et des autres. Surprenant ! D’autant plus qu’il me semble que je suis hors-course par essence ; comme si les moyens pratiques, le savoir-vivre, la bonté de cœur et l’élégance me faisaient fatalement défaut. La frustration est à la hauteur du piètre jugement que je porte sur moi-même.

    Ma fille, qui n’a pas encore un an, et ma mamie, qui a attendu les premiers matins de 2017 pour tirer sa révérence, viennent me rappeler que le temps nous pousse à une vitesse folle vers la mort et la vacuité du néant. Et ce, quoi que l’on ait été, et quoi que l’on ait fait. Dès lors, seul reste le style. Puisque tout est vain, autant travailler, dans la rigueur et la difficulté qu’impose l’apprentissage, à la beauté du geste.

    Quoique.

    Déjà, je me reprends. L’essentiel doit évidemment être ailleurs. Peut-être dans le plaisir personnel : le bonheur de la tâche accomplie, ou du temps partagé avec les bonnes personnes. J’aime l’élan créatif qui me fait sortir du temps (je vivrais heureuse avec une guitare et un flux d’inspiration), la stimulation qu’on a au contact des professeurs, des patrons, des écrivains, des politiques, des aventuriers. J’aime ces instants où l’on vibre, ces secondes passées à la chasse en Afrique avec mon père, en concours hippique avec ma mère avant que la cloche ne sonne le début du parcours, en pleine mer avec le père de ma fille, et, au bout de la canne-à-pêche, la première touche de la journée… Prendre soin de soi, se rendre heureux, serait-ce la base pour enjoliver la marche du monde ?

    A moins que le bonheur soit moins dans l’action – qui nous extrait de la réalité – que dans l’amour – qui, au contraire, nous y ancre davantage puisqu’il nous fait souffrir par la séparation. Mais avouez qu’aimer avec suffisamment de sincérité est un moyen que l’on a pour se sortir de soi et de son sort. Je  sacrifierais volontiers mon bonheur pour assurer celui de ma fille. Serait-ce la rendre heureuse ? Fatalement, non.

    C’est peut-être la perspective de ma modeste carrière professionnelle qui alimente l’essentiel des mes désillusions. Ce que j’ai, c’est une sorte de soif permanente de défis professionnels,  d’apprentissage culturel, de partage social, de fête désinhibée, de projets créatifs, de courage, de lucidité, de fraternité.

    Je meurs de soif, en fait. Toute égocentrée que je suis.

    Mais je ne fais rien pour que ça bouge. Je me raccroche alors à la superficialité, travaillant à cette vie de maman parfaite qui s’occupe bien de sa petite, part au ski quand il faut partir au ski, et à la plage quand il faut partir à la plage. Linge et ménage le samedi matin, et running au parc le dimanche.

    Vous : comment vous faites ? Quelles sont vos sources d’apaisement ? Je précise que les remèdes à la mélancolie distillés sur Inter le dimanche matin ne marchent pas sur moi.