• Mon petit village est aussi un grand lac
    Qui demeure niché au versant de l’Epine
    J’y pense souvent, dans ma tête je dessine
    Un clocher, des grands prés, deux arbres et un hamac.

    Cent ans – et même plus. Mon dieu que le temps file !
    Que je n’ai pris la route qui monte chez moi,
    Surplombé la belle eau, humé l’odeur des bois,
    Ce mélange d’écorces et de chlorophylle !

    Quand je prends cette route, je finis souvent
    Sans guère plus de manœuvres, garée en marche avant,
    Dans la cour. Mon père est là, et il balaie.

    Il vient tout juste de soigner les chevaux.
    On s’embrasse, les enfants surtout, et Polo,
    Puis je prends l’escalier et ma mère apparaît.

  • Après plusieurs semaines d’attente fébrile, nous avons récupéré notre huile ! Comme je vous l’expliquais dans mon précédent billet consacré à la récolte, nous ne pouvons prétendre, avec notre soixantaine de kilos, à une presse à façon – envisagée à partir de 350 à 400 kilos d’olives au moulin du clos des Jeannons (mais d’autres moulins semblent procéder à des presses particulières pour des plus petites quantités).

    Les olives des petits apporteurs sont donc triturées et pressées en commun. Peu importe le jour d’apport des olives et celui choisi pour venir récupérer son huile : ce sera la même. La seule chose qui varie est le rendement, calculé chaque semaine et pondéré en fonction du jour d’apport. Pour ce qui nous concerne, nous avons bénéficié d’un rendement de 15 % : pour 67, 5 kilos d’olives apportées, nous avons obtenu 10, 13 litres d’huile. Ce rendement n’est pas exceptionnel et s’explique par les fortes pluies début novembre, quand nous avons récolté.

    Le prix payé au moulin correspond à la somme du montant de la trituration (0.47393 € HT le kilo d’olive) et du montant de la cotisation à l’interprofession de l’olive (0.1417 € HT le litre d’huile).

    Le litre nous revient donc, cette année, à 3.29 € HT.

     

     

     

  • Nous avons préparé notre espace potager !

    La face nord de notre maison donne sur un espace très fonctionnel (potager, vieille serre, étendage) mais pas franchement sexy, car très encombré (rôtissoire, tuiles, tôles, tuyaux, dalles de carrelage…) et complètement laissé à l’abandon niveau végétation. Depuis notre installation en juillet dernier, je redoutais le moment où nous allions devoir enclencher une réappropriation de l’espace !

    C’est désormais chose faite puisque nous avons passé l’intégralité de notre weekend à :

    >> libérer et organiser l’espace : déstocker ! ;

    >> nettoyer les abords : débroussailler, tailler les ronces, ratisser les débris végétaux ;

    >> préparer notre potager pour l’hiver : retirer les tuteurs et les résidus des anciennes cultures, désherber, précéder à une aération du sol à la bêche, incorporer du terreau et recouvrir le tout de fin copeaux de bois, même si j’ai failli niveau quantités (idée : créer un paillis pour ne pas laisser le sol nu cet hiver.)

    Paul-Eric a même procédé à un renforcement du rebord de l’espace potager – qui est légèrement surélevé par rapport au niveau du sol – en doublant la tuile ondulée disposée par les anciens propriétaires par une barrière de bois.

    Ces premiers travaux furent l’occasion d’un premier contact avec la terre, d’excellente qualité ; le sol semble parfaitement équilibré, même s’il regorge de pierres que nous avons tenté de neutraliser au maximum.

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    Bon débarras !
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    C’est plus propre ! Parés pour l’hiver !
  • Notre première récolte d’olives !

    La récolte des olives de notre jardin a constitué pour moi, dès l’emménagement dans notre nouvelle maison, une sorte de point d’orgue fantasmé ; une tradition annuelle à construire en famille ; une occasion de me connecter à un terroir et de vivre – enfin ! – la Provence.

    Nous ignorions à peu près tout des usages en la matière, de la date optimale de récolte à la variété de nos oliviers. Nous nous sommes alors rendus, un week-end du mois d’octobre, au Moulin du Clos des Jeannons, impatients et curieux d’obtenir un premier niveau d’informations sur la marche à suivre. Forts de notre trentaine d’oliviers, nous étions devenus, par l’achat de notre maison, de véritables producteurs ;  modestes, certes, mais des producteurs quand même. A l’image d’oléiculteurs professionnels, nous étions des apporteurs du moulin.

    Nous apprîmes que le moulin ouvrait ses portes pour la trituration le lundi 5 novembre. Il nous fut vivement déconseillé d’apporter nos olives durant les premiers jours d’ouverture, pris d’assaut par un nombre important de personnes redoutant une chute prématurée des fruits alors en pleine véraison. On nous expliqua également que nous devions déposer nos olives au maximum 48 heures après la cueillette.

    J’ai commencé à ramasser les olives (des aglandau) le samedi 3 novembre, dans l’après-midi, alors que Paul-Eric, fiévreux, était alité pour la journée. J’ai dégoté un escabeau dans le garage et ai entrepris une cueillette manuelle sans grande conviction, aidée par Avril. Nous avions pourtant évoqué l’idée d’acheter un filet de récolte et des peignes afin de nous y mettre vraiment… mais soit. Paul-Eric nous a rejoint le lendemain, actif sur les cimes, moi, enceinte de 6 mois, délaissant l’escabeau et ramassant le bas de la couronne des arbres. J’avoue que Paul-Eric a su, par la suite, s’atteler à la tâche avec ardeur et constance, pour aboutir à plus d’une vingtaine d’heures de cueillette manuelle !

    Nous sommes arrivés au moulin avec deux cabas de course et une caisse en plastique. On nous demanda alors de déverser l’ensemble de notre récolte dans un palox déjà bien rempli, pour la pesée. Verdict : 63, 5 kilos. Avec cette quantité relativement réduite, impossible de bénéficier d’une presse à façon. Mais le plaisir est là !

    Le début de la redistribution de l’huile est fixé au 12 décembre. Nous ignorons encore à combien de litres nous attendre. A suivre !

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  • Et voici la captation des Loustics !

    Quel doux souvenir que ce dimanche après-midi de septembre en compagnie des Loustics ! Découvrez la vidéo de « Mademoiselle ». MERCI JULIEN, FAHED & THOMAS ❤ Je regrette un peu d’avoir choisi ma guitare bleue… un caprice esthétique dont j’ignore s’il justifie la piètre qualité sonore de l’instrument…

  • Et puis il y aura l’assurance
    Pour l’heure elle joue au funambule
    Le fil est tendu dans sa bulle
    Et la voilà déjà qui danse

    Oh ! son adorable figure
    A tant changé. C’est ce sourire
    Qu’on ne lui avait jamais vu
    Est-ce donc le sien que ce sourire ?

    Il en faudra faire des efforts
    Pour que les jambes portent le corps
    Il en faudra de la patience

    Et puis il y aura les bobos
    Les larmes, tombée de l’escabeau
    Et puis il y aura l’assurance

  • Flexi-quoi ?

    Connaissez-vous les flexitariens ? J’en ai rencontré un récemment. Il est même venu dîner chez moi ! Comme à chaque fois, et parce que mon mari travaille dans la viande et apprécie la cuisiner, je me suis assurée, au moment de l’inviter, s’il en mangeait. Au bout du fil, mon ami me rassure : « Tu sais, Fleur, je suis flexitarien. Il n’y a donc aucun problème ! » J’embrayai alors, amusée : « Ouais, tu es végétarien quand cela t’arrange, quoi…  »

    Le flexitarisme se définit donc comme un « mouvement porté par les défenseurs d’un mode de vie healthy et responsable, et qui désigne les personnes végétariennes à temps partiel qui savent parfois se faire plaisir avec des aliments d’origine animale. » Même s’il est dérangeant de considérer qu’on « se fait plaisir » avec de la viande et qu’on s’ennuie, de fait, avec les fruits et légumes, l’idée est particulièrement puissante dans ce qu’elle a de raisonné et d’ouvert : pas de prosélytisme, ni de radicalité. Juste l’envie de raisonner son alimentation dans le cadre très global d’une réflexion intellectuelle qui tente de répondre à diverses préoccupations éthiques et environnementales. L’envie, aussi, de végétaliser son assiette, et d’équilibrer au maximum ce qu’on met dedans pour sa santé.

    Bref , celui qui promeut et consomme des fruits et des légumes, c’est lui : le flexitarien, quand le végétalien se nourrit de graines germées et le végétarien de lait de soja (je caricature).  Le flexitarien accompagne la marche du monde avec un peu de recul intellectuel et une vraie implication pratique. Le flexitarien, il ne fait pas 100 % de ses courses en bio. Le flexitarien votera sans doute pour Emmanuel Macron le 23 avril prochain. On peut lui reprocher de n’être ni un passionné de végétaux ni un fervent amateur de viande. Une sorte de « ni-ni » désabusé qui ne fera pas changer le monde… Je me garderais bien de le juger : j’ai toujours eu un faible pour ceux qui savent tracer cette route médiane et raisonnée qui fait fi des approches rigides et des nostalgies stériles.

  • Chaque jour, je rêve d’une vie plus enthousiasmante que celle dont je dispose. J’ignore si l’amertume que je ressens est la juste expression d’une  réalité, ou si elle résulte d’un défaut de perception, peut-être lié à un conditionnement urbain et bourgeois particulièrement destructeur. A moins que seule mon immaturité ne me condamne à l’insatisfaction.

    Je suis perdue dans l’urgence d’atteindre une sorte de superficialité parfaite, alors même que j’ai toujours dédaigné le matériel. Aujourd’hui, pourtant, l’esthétique pure des choses pratiques, adaptées, à leur juste place, m’obsède. Le soin apporté à sa propre image et la discipline qu’exige la tenue d’un intérieur m’apparaissent comme les fondements essentiels du respect de soi et des autres. Surprenant ! D’autant plus qu’il me semble que je suis hors-course par essence ; comme si les moyens pratiques, le savoir-vivre, la bonté de cœur et l’élégance me faisaient fatalement défaut. La frustration est à la hauteur du piètre jugement que je porte sur moi-même.

    Ma fille, qui n’a pas encore un an, et ma mamie, qui a attendu les premiers matins de 2017 pour tirer sa révérence, viennent me rappeler que le temps nous pousse à une vitesse folle vers la mort et la vacuité du néant. Et ce, quoi que l’on ait été, et quoi que l’on ait fait. Dès lors, seul reste le style. Puisque tout est vain, autant travailler, dans la rigueur et la difficulté qu’impose l’apprentissage, à la beauté du geste.

    Quoique.

    Déjà, je me reprends. L’essentiel doit évidemment être ailleurs. Peut-être dans le plaisir personnel : le bonheur de la tâche accomplie, ou du temps partagé avec les bonnes personnes. J’aime l’élan créatif qui me fait sortir du temps (je vivrais heureuse avec une guitare et un flux d’inspiration), la stimulation qu’on a au contact des professeurs, des patrons, des écrivains, des politiques, des aventuriers. J’aime ces instants où l’on vibre, ces secondes passées à la chasse en Afrique avec mon père, en concours hippique avec ma mère avant que la cloche ne sonne le début du parcours, en pleine mer avec le père de ma fille, et, au bout de la canne-à-pêche, la première touche de la journée… Prendre soin de soi, se rendre heureux, serait-ce la base pour enjoliver la marche du monde ?

    A moins que le bonheur soit moins dans l’action – qui nous extrait de la réalité – que dans l’amour – qui, au contraire, nous y ancre davantage puisqu’il nous fait souffrir par la séparation. Mais avouez qu’aimer avec suffisamment de sincérité est un moyen que l’on a pour se sortir de soi et de son sort. Je  sacrifierais volontiers mon bonheur pour assurer celui de ma fille. Serait-ce la rendre heureuse ? Fatalement, non.

    C’est peut-être la perspective de ma modeste carrière professionnelle qui alimente l’essentiel des mes désillusions. Ce que j’ai, c’est une sorte de soif permanente de défis professionnels,  d’apprentissage culturel, de partage social, de fête désinhibée, de projets créatifs, de courage, de lucidité, de fraternité.

    Je meurs de soif, en fait. Toute égocentrée que je suis.

    Mais je ne fais rien pour que ça bouge. Je me raccroche alors à la superficialité, travaillant à cette vie de maman parfaite qui s’occupe bien de sa petite, part au ski quand il faut partir au ski, et à la plage quand il faut partir à la plage. Linge et ménage le samedi matin, et running au parc le dimanche.

    Vous : comment vous faites ? Quelles sont vos sources d’apaisement ? Je précise que les remèdes à la mélancolie distillés sur Inter le dimanche matin ne marchent pas sur moi.

  • Ma première chanson de maman

     

    NEW VIDEO : « Petite personne », un morceau écrit pour ma fille… le matin de son premier jour chez la nounou ! Merci à Paul-Eric, vidéaste amateur d’une main et papa-sitter de l’autre…

    Petit bout d’amour, joie de mes jours
    Je t’abandonne au monde
    Pardonne, pardonne

    Ma petite fille, poupée fragile
    Tes cheveux sont de soie
    ça fait des nœuds

    Et je meurs déjà de te savoir
    Petite personne face aux grandes
    J’ai peur que de loin tu n’entendes
    Ma voix qui chante et te dit des histoires

    J’ai gardé dans le creux de la main
    L’arôme sucré de ton cou
    Derrière l’oreille, à l’endroit où
    Se respire ton plus doux parfum

    J’imagine ta tête délicate
    Quand tes yeux qui voient tout
    Ne me voient pas

    Si ton cœur se serre, bébé colère
    Petite n’oublie pas
    Que je pleure pour toi

     

  • Pêche au thon rouge à bord du Moguntia

    Mardi 6 août, 6h52, au large d’Antibes. – Trente minutes que nous avons appareillé et que nous voguons à bonne vitesse en direction du sanctuaire Pelagos. Avec Paul-Eric, nous avons pris place à bord du Moguntia pour pêcher le thon rouge !

    Nous sommes à peine partis que le port d’Antibes n’est plus qu’une vague petite tâche, tout au fond. On s’attend à une mer calme au moins jusqu’à 15 heures, et c’est tant mieux : le vent, qui devrait se lever en deuxième partie de journée, compliquerait les manœuvres du Moguntia et nous serions contraints de rentrer au port.

    Nous pêchons à la traîne, au leurre. Alors que Jean-Christophe, le capitaine, prépare les lignes – et quelle adresse ! que de minutie, debout et sans les mains, alors que le bateau tangue au gré des vagues et que je suis incapable de garder mon équilibre ! -, le second Léonard, dans le cockpit de pilotage, maintient le cap. Et ce faisant, il scrute l’horizon. Car le thon est un poisson de surface qui se repère à l’œil nu. Léo recherche ce qu’on appelle une chasse : des thons rouges organisés en banc qui attaquent des sardines ou des anchois. On peut ainsi observer, au loin, de l’écume qui s’agite, et des thons qui sautent hors de l’eau. Léo est une jeune garçon adorable qui étudie la biologie. Il accompagne Jean-Christophe en mer tous les jours, et en profite pour noter tout ce qui concerne les populations d’animaux marins et qu’il lui soit donné d’observer : dauphins, cachalots, poissons-lune, globicéphales, rorquals communs… Il consigne ce qu’il voit dans un carnet et transmet le tout à des biologistes ; en attendant le jour d’en devenir un.

    Mais nous ne sommes pas seuls à avoir pris place à bord. A 6 heures, ce matin, sur le port, nous avons fait la connaissance de Thomas, un pêcheur de carpe et de silure de la région parisienne, la quarantaine ténébreuse ; ainsi que celle de Jérôme et de son fils Mylan, décidément très impatients d’en découdre avec la grande bleue.

    Mylan ne pêchant pas, nous sommes 4 pour 8 lignes. Jean-Christophe décide donc d’en attribuer deux à chacun. Le premier qui a une touche sur ses lignes enfilera le baudrier et aura la chance d’ouvrir la journée ! Il n’y a pas de siège de combat pour la pêche au thon : contrairement à l’espadon qui, une fois au bout de la ligne, se bat en sautant hors de l’eau, offrant un superbe spectacle, le thon a tendance à piquer vers le fond, à l’aplomb du bateau ; il faut donc être en mesure de se déplacer pour le suivre sur toute la largeur de la poupe et éviter qu’il ne passe sous l’embarcation, cassant la ligne.

    La première chasse est repérée alors que nous sommes en mer depuis un peu moins de deux heures. Jean-Christophe met cap dessus. Une manœuvre qui paye quelques minutes plus tard, puisque nous assistons à deux départs vigoureux et quasi-simultanés ! Nos cœurs bondissent ! Ce sont les lignes de Jérôme et de Thomas. Alors que Léo décélère, Jérôme s’installe déjà, et, guidé par Jean-Christophe, entreprend de regagner, centimètre par centimètre, la ligne que lui dispute le tout premier thon de la journée. Ce thon, cet inconnu caché sous l’eau, je me surprends à l’ imaginer, à l’inventer, et se dessine alors dans mon esprit quelque-chose d’énorme, de monstrueux, de fantomatique ; une sorte d’animal-machine mystérieux dont les supposées écailles d’argent finiront bien par apparaître à la surface, mais dont j’ignore encore tout à fait tout.

    Quand, après une dizaine de minutes, une tâche blanche et brillante comme un miroir apparaît à 3 mètres du bateau. C’est lui ! Il a l’air énorme ! « Cours, cours ! », murmure Jérôme à son poisson. Il mouline avec parcimonie. Bon sang, me dis-je, mais pourquoi met-il autant peu de cœur à l’ouvrage ? On dirait qu’il ne peut se résoudre à devoir un jour lâcher sa canne. Pour Jean-Christophe, il est temps d’en finir : quelques derniers coups de moulinet bien vigoureux pour finaliser la prise. Mais Jérôme n’est pas pressé :« J’attends qu’il se fatigue. » Jean-Chri semble s’agacer : « Tu te fatigueras bien avant lui. Allez, il est temps de le remonter. Léo ? Débraye ! »

    Le thon est alors à portée de main, et alors qu’il s’offre à nous, Jean-Christophe est déjà sur le point de le libérer : c’est un beau spécimen qu’on estime peser entre 10 et 12 kilos. Bien loin des 30 kilos réglementaires qui nous autoriseraient éventuellement à la prélever et à le baguer. Nous ne pouvons pas non plus le monter à bord, cela risquerait de le blesser. Je me sens un peu frustrée d’avance : si le no kill me rassure dans la théorie, je devrai tout de même renoncer à la photo que j’imaginais faire aujourd’hui (= moi avec un énorme poisson dans les bras).

    Jérôme donne alors le baudrier à Thomas qui commence à mouliner et remonte son poisson au bout de quelques minutes, tandis que Jean-Christophe tente de pêcher à la relance dans le banc, en vain. Le thon de Thomas est un peu moins gros que le premier. Mais l’émotion du pêcheur tout aussi grande !

    C’est excités et rassurés que nous remettons ensuite les gaz vers le large. Dès que Jean-Christophe repère une chasse au loin, il met les pleins gaz dessus. 30 minutes plus tard et une canne s’agite à nouveau. « Fleur, c’est à toi ! », me crie Polo qui me pousse gentiment en avant et entreprend de me fixer le baudrier autour de la taille. J’ai naturellement un mouvement de recul, une sorte de peur de faire mal au poisson, de mal faire les mouvements ; une sorte de peur tout court. Et si je passais par dessus bord ? « Jean-Christophe, je fais quoi ? Tu me dictes, hein ? », je lance, excitée comme une puce. J’empoigne la canne. Mon Dieu, comme ça tire !

    Je respire à fond et m’applique au maximum : je mouline de ma main droite en descendant ma canne vers la surface de l’eau, puis la repointe à la verticale, pour reprendre le mou, du bras gauche. Au bout de 5 minutes, je dois soulager mon bras, fatigué et tétanisé. Le poisson met des coups de tête et, parfois, me repique de la ligne. Il est toujours invisible, et j’ai l’impression de devoir tout recommencer ! Alors qu’il ne me reste que quelques mètres de fil, Jean-Christophe trafique mon moulinet et amplifie légèrement la puissance de ma canne. Je continue méthodiquement mon drôle de ballet, un peu comme un automate aux révérences guindées ; soudain mon poisson est là, j’ai à peine le temps de passer sur le petit pont pour la photo, on estime que mon poisson pèse dans les 13-14 kilos, je tiens la ligne, Jérôme ma canne, Jean-Christophe à mes côtés, avec sa pince, prêt à dégorger mon poisson qui s’agite, je regarde Polo qui appuie sur le déclencheur et, hop. Dans la boîte. Jean-Christophe pousse au fond de la gorge du poisson pour dégager l’hameçon, et voilà que mon premier thon rouge a déjà repris sa liberté originelle.

    Nous devrons attendre une bonne heure avant qu’un nouveau départ n’agite une de nos cannes et que Polo puisse s’atteler à la tâche ; ramenant au bord de la poupe un specimen d’environ 12 kilos. Alors, évidemment, à ce stade de la journée, nous aimerions pêcher un thon de 100 kilos, ou ferrer, par chance, une autre espèce. Nous aimerions aussi pouvoir garder le poisson, ou, tout au moins, pouvoir le monter à bord pour mieux l’apprécier, et le photographier. L’opération s’avère, de fait, un poil frustrante ! Mais c’est cette rigueur pratiquée par tous qui a permis, dans le cadre du plan de reconstitution de la population de thon rouge, d’inverser la tendance baissière de la biomasse ces dernières années.

    Nous rentrerons au port vers 15 heures, cramés par le soleil. Le soir, Polo et moi retournerons pêcher le petit poisson de roche,  les pieds dans cette grande eau sur laquelle nous voguions quelques heures auparavant, heureux comme des enfants.