• Quand un animateur radio questionne un artiste sur ses influences musicales, il s’entend souvent répondre un truc du genre : « Oh, tu sais, je suis large, hyper large.  Je pense que j’aime tout,  à l’exception des musiques très commerciales. » Mais les musiques très commerciales, on les déteste tous, en fait.  C’est exactement le concept du con : à chacun sa propre définition du genre et l’échantillonnage de spécimen représentatifs qui va avec.

    On est tous la musique commerciale de quelqu’un. La musique commerciale, c’est tout simplement la musique qu’on n’aime pas et qui marche (ou qui pourrait marcher, « parce qu’il y a sûrement assez de cons pour accepter d’écouter une bouse pareille »). C’est la musique de gens qu’on trouve un poil plus cons que nous. Verbaliser le fait qu’on n’aime pas la musique commerciale, c’est comme pisser dans un violon : c’est comme dire qu’on n’aime pas les cons.

    Après, y’a la musique des gens plus raffinés que nous et qui ne nous touche pas parce qu’on a pas l’outillage sensoriel et intellectuel pour la recevoir. On dit en général que c’est franchement pas funky et que « ça se veut » intello. « Ouais, l’album est pas mal, mais, je sais pas, ça se veut un peu intello, quoi. Les trois premières plages sont franchement chelou, non ? »  

    Moi je complexe vachement à l’idée d’être la musique commerciale de plein de gens. Dès que je rencontre quelqu’un qui semble avoir une solide culture musicale, je bredouille vite fait que je « fais un peu de chanson » et que c’est « chiant de me trouver sur internet, de toute façon. « 

    Après, ce qui me sauve aux yeux de certains, et ce qui sauve en réalité tous les auteurs-compositeurs-interprètes de ce bas-monde, c’est que j’écris mes textes et que je monte toute seule sur scène.

    « Nan mais Fleur, son univers, tu vois, on aime ou on aime pas [Traduction : en ce qui me concerne, je n’aime pas du tout], mais il faut au moins lui reconnaître que c’est elle qui compose et qui écrit ses textes. Et puis, monter toute seule sur scène, comme ça… « 

    Je m’en fous, je dis que je suis une chanteuse, et ça passe. Nico il dit qu’un jour je serai peut-être même une vraie de vraie. Une chianteuse, quoi.

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  • Pourquoi tu ne chantes pas en anglais ?

    Le gros point noir, dans mon boulot de journaliste, c’est définitivement le caractère décentralisé de la rédaction. Une rédaction décentralisée, c’est un peu triste. Tu n’as pas vraiment de collègues. « Tes collègues, c’est tes contacts ! », m’explique ma chef. La salle de rédaction est virtuelle et s’appelle la SRV. Les validations de BàT se font par e-mail. Les conférences de rédac’ par téléphone. (Les pauses clopes et pauses café aussi.)

    Mais malgré ça, on arrive quand même à se faire des copains. Avec mon responsable multimédia, qui est photographe et vidéaste, on apprécie beaucoup de travailler ensemble, et on a développé des projets qui nous incitent à partir sur le terrain en binôme.

    De : Laurent ; à  : Fleur
    Fleur, je me suis dit récemment que si on se voyait pour un reportage à l’avenir, je te proposerais de te filmer sur une chanson un peu off de ton répertoire (en anglais, mélancolique, lente et acoustique) sur le toit d’un grand immeuble à la tombée de la nuit. Qu’est-ce-que tu en penses ?
    De: Fleur ; à : Laurent
    Hahahahaha ! Bonne idée ! Mais va plutôt filmer Lou Doillon, alors 🙂
    De : Laurent ; à : Fleur
    Mon amour pour elle, c’ est du passé, tu sais bien… Place aux jeunes !
    De: Fleur ; à : Laurent
    Mais tu veux filmer de moi tout ce que je ne suis pas !
    De : Laurent ; à : Fleur
    Tu pourrais me faire une cover de Lou Doillon,  une sorte de « clin d’œil d’une non-fan »…
    De: Fleur ; à : Laurent
    Non mais je l’aime bien en plus Lou Douillon ! Je ne suis pas une non-fan ! J’aime bien sa musique, même si je ne fais pas pareil… On aimerait parfois faire des trucs, et puis ce qui sort, c’est ce qui sort…
    De : Laurent ; à : Fleur
    Ouais, excuse-moi… J’ai le défaut du photographe. Il choisit son modèle et projette sur lui ses idées et ses fantasmes…

    C’est, ceci dit, le défaut de beaucoup de monde… Mon pote Hugo me verrait bien faire du rock, troquant ma Taylor électroacoustique contre une stratocaster, et mes escarpins à strass contre des Docs délacées. Il se moque de moi quand je parle de mon projet, il dit « THE PROJECT », en majuscule, et regrette le temps où on allait voir des concerts de rock ensemble. Mon frère me rêve side-cutée en train de mixer un set électro dans une cave aménagée façon cale de bateau. On me demande souvent pourquoi je ne chante pas en anglais. « Moi, la chanson française, je kiffe bof, ça sonne pas. Ça tourne très vite variétoche. Ça me fait pas rêver, quoi. Enfin, à écouter, ça va encore, mais de là à me déplacer voir un concert… Pourquoi tu chantes pas en anglais, d’ailleurs ? »

    Moi, si je chantais en anglais, j’aimerais carrément être Christine and the queens. Ou Joe Bel. Une fois y’a même un mec qui m’a quittée parce qu’il trouvait ça over naze que je veuille toujours être quelqu’un d’autre (entre autres).

  • Petits mensonges à moi-même

    Quand j’ai écouté pour la toute première fois les mises à plat des prises, de retour du studio, j’ai été franchement déçue par deux de mes prises voix. Il y avait un gros travail d’édition et de mixage qui nous attendait, mais j’avais clairement l’impression d’avoir chanté comme une vieille casserole rouillée sur deux des morceaux. Le truc impossible à rattraper.

    J’ai commencé à me plaindre bêtement. On m’a dit que si ça me tracassait autant, je pouvais tout à fait retourner en studio (et cesser de rebattre les oreilles de mes colocataires deux fois par jour, avec mon air absent, la mine effondrée par la fatalité). Que personne n’attendait la sortie de l’album. Qu’on était pas pressés et que, de toute façon, on prenait déjà le temps d’enregistrer des claviers en plus, alors bon.

    Mais, feignante comme je suis, je me suis dit qu’en travaillant à fond sur l’édition, on pourrait déjà essayer de récupérer les meilleurs bouts de plusieurs prises pour obtenir une piste voix acceptable. On a fait du patchwork pendant 3 heures avec Thom. On est arrivés à une piste voix acceptable, et, zou, tout est parti au mix, à Brighton, chez Val. Je me suis dit que le mix allait forcément arranger le truc !

    Quelle angoisse quand je me suis rendu compte – un peu tard, c’est-à-dire après avoir reçu la version finale des pistes mixées, 8 jours avant le mastering – que non.

    Je suis allée me confiée à mon mentor Melchior by tchat.

    Fleur
    P*** j’ai mal chanté sur Lâche-moi, j’ai envie de me pendre. J’écoute le mix. C’est inaudible.
    Melchior
    Il serait temps de s’en apercevoir.
    Fleur
    Pff, tu m’ennuies
    Melchior
    Qu’est-ce que j’ai fait ?
    Fleur
    Rien
    Melchior
    Je dis juste que c’est un peu tard, non ?
    Fleur
    Ah !  Je croyais que tu voulais dire qu’il serait temps que je me rende compte que je chante mal ! Pff, j’allais pas me repayer une semaine de studio pour refaire les voix…ça me met de mauvaise humeur. J’ai crié au lieu de chanter.
    Melchior
    T’as voulu faire genre « je crie au lieu de chanter » ?
    Fleur
    Non j’ai rien voulu faire genre du tout. C’est bien ça le problème !

    Finalement, j’ai décidé de refaire ces deux voix. En trois mois, je n’avais pas réussi à faire ce que j’ai réussi en trois jours : me prendre en main comme une adulte, verbaliser la problématique « non, ça ne va pas, je vais refaire »,  louer du matériel, réenregistrer ces voix avec Clément vendredi dernier, avant de partir jouer dans la Drôme – quitte à perdre un peu en précision, qualité du micro et cigales obligent -, et roulez jeunesse.

    Me mentir à moi-même ? Définitivement pas mon genre.

  • Je crois que cette escapade italienne entre amis a été la meilleure valorisation de pont de mois de mai que je n’ai jamais vécue. Nous sommes partis à 4 du 8 au 12 mai 2013. Niveau logement, un charmant appartement tout confort loué à Levanto. Transport : départ de Chambéry, à 4 dans une citadine : rien d’insurmontable. Sur place, l’activité principale consiste à randonner sereinement d’un village à l’autre (Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomagiorre ; chacun étant, excusez du peu, classé au patrimoine mondial de l’Unesco). Une fois arrivés au bon port du jour, visite & dégustations de spécialités italiennes. Tout compris (transport, location, restos), les 5 jours nous sont revenus à environ 320 €/personne.

    L’occasion rêvée de redonner vie à votre compte Instagram délaissé : du relief, de la mer, de la montagne, des couleurs, des glaces italiennes. Un vrai bol de dolce vita, de sport doux et de nature à portée de porte-feuilles.

    A noter, des trains sillonnent la vallée à horaires très réguliers et permettent de se déplacer très facilement d’un village à l’autre. Des bateaux proposent également la jonction.

    Le véritable point noir, c’est qu’on n’est pas tous seuls : les trains sont parfois bondés de touristes en short et pull Polaire, affublés de bâtons de randonnée (des gens en réalité exactement comme vous, mais un peu moins sympas et franchement moins stylés).

  • Studio

    Quelques souvenirs de notre passage en studio, chez Mikrokosm

    Des instants fugaces où la concentration (réfléchir / choisir / exécuter / interpréter) est presque douloureuse. Et d’autres où l’on s’abandonne au néant, pour reposer ses doigts, ses oreilles, ses cordes vocales.

  • Dizzylez, slammeur, 84

    Captation acoustique || Dizzylez || Barbentane, Bouches-du-Rhône || 2013

    C’est dans un champ tout jaune de Barbentane que Dizzylez, dont je suis fan, a gentiment accepté d’interpréter pour moi ce morceau si poignant, si fort. C’est rare de le voir avec une guitare dans les mains – en l’occurrence, ma Taylor – et, de fait, privé de son habile gestuelle !

    Matthieu écrit des textes si sensibles et si justes qu’ils me font soit rire, soit pleurer, soit les deux à la fois.

    nb : La captation tremble un peu (quelle idée, un plan séquence au réflexe, sans stabilisateur, avec des va-et-viens sur le zoom !). Et je me rends compte, avec un peu de recul, que l’appareil est tout le temps en mouvement…  c’est trop !

  • Mes vacances dans le Selous

    Le Selous, c’est une réserve plus grande que la Suisse et plus sauvage que le reste du monde. J’ai parfois le privilège insondable d’y passer quelques jours avec mon père, qui est guide de safari en Tanzanie depuis plus de trente ans.

    Dans la vidéo ci-dessous, la bande-son est une captation de chants masaï que j’ai réalisée avec mon enregistreur Zoom H4n.

  • Reportage texte + photos || Domaine de la Ferme Saint-Martin || Suzette, 84 || 2012

    Très engagé dans la promotion des vins naturels, la stimulation des sens et le respect du vivant, Thomas Jullien valorise en bio ses 25 hectares de vignes adossées aux dentelles de Montmirail (Suzette, 84). Il s’est formé à la vinification en partant, seul et dans son camion, à la rencontre de différents vignerons français.

    « Je pense avoir gagné dix ans d’expérience en réalisant ce compagnonnage ! », lance Thomas Jullien, qui est parti pendant un an découvrir les différentes appellations du vignoble biologique français. « Je restais chez les vignerons deux heures, le temps díune dÈgustation, ou trois jours, le temps díune vinification. Je m’intéressais aux vinifications sans soufre, aux levures naturelles. » Il y a une diversité de savoir-faire, en France, que Thomas a voulu faire sienne – ou, en tout cas, appréhender.

    « Mon père est quelqu’un de très ouvert ! »

    « Tout ça, c’est un peu grâce à mon père, qui est quelqu’un de très ouvert. Aujourd’hui, il me laisse faire, aussi bien dans les vignes qu’à la cave. Il se concentre davantage sur les aspects administratifs et commerciaux du domaine », explique Thomas, qui s’est donc installé avec son père Guy en septembre 2010. « J’ai alors utilisé les aides à l’installation pour acquérir du foncier et le mettre à disposition de l’EARL », précise-t-il.

    Les 25 hectares du domaine de la Ferme Saint-Martin sont conduits en viticulture biologique. « Et certains lots en biodynamie, complète le jeune vigneron, avec le respect du calendrier lunaire et l’utilisation de préparâts qu’on mélange aux rafles des années précédentes « . Thomas considère que les grands vins sont ceux qui laissent à 100 % s’exprimer le terroir et sont donc tous, a fortiori, des vins bios. Sélection massale, travail mécanique du sol, déchaussage des vignes, vendange manuelle, vinification naturelle dans des cuves béton, avec uniquement un peu de sulfites à la mise en bouteille : Thomas cherche à se rapprocher de la vigne. Avec ses deux côtes-du-rhône, ses trois ventoux et ses trois beaumes-de-venise, il présente une gamme complète de 8 vins, dans les trois couleurs, de 6 à 12,80 euros, prix départ caveau. Le domaine produit 100 000 bouteilles par an et propose aussi du bag-in-box.

    Un jour, peut-être, une restauration événementielle sur le domaine

    Thomas fait partie de trois associations : les Bioventoux – 12 vignerons autour du Mont Ventoux qui organisent des festivals, des dégustations et produisent des outils de communication -, les Toqués des Dentelles – 5 vignerons qui travaillent en bio et se rassemblent sur l’éthique du vin, échangent sur leur savoir-faire – et, enfin, l’association des vins naturels. « C’est une association nationale qui regroupe une quarantaine de vignerons et qui élabore un cahier des charges de la vinification dite naturelle. L’objectif est de nous rassembler et de communiquer sur les vins naturels », explique Thomas Jullien, qui organise également des événements culturels au caveau, auquel trois expos de cinq semaines apportent une autre dimension pendant l’été.

    « J’aimerais, un jour, faire un peu de restauration gastronomique et événementielle au caveau. Mais je souhaite par-dessus tout avoir la liberté de me concentrer sur le travail de la vigne, la vinification, et la vente du vin. Ce qui est fabuleux, dans ce métier, c’est qu’après 30 ans d’expérience, on cherche toujours à optimiser sa vinification », conclut Thomas qui cherche à faire des vins « fins et élégants, faciles à boire et pas ennuyeux ». Et qui peut remercier l’hiver 1956, au cours duquel le gel a détruit les vergers de cerises et d’abricots que possédait son grand-père… Ce dernier avait alors tout replanté en vignes, sur un terroir qui allait bientôt devenir du beaumes-de-venise.

    « Le vin doit plaire à tout le monde : au restaurateur, au caviste nature, au caviste conventionnel, au passant »